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CONTRAT MASSIF

  Deux semaines après la démonstration de magie, Lise repartit pour Havreblanc.

  ? Je reviens dans une semaine, ? dit-elle avant de monter dans la diligence. ? Verlaine veut négocier un gros contrat. ?

  ? Combien de gros ? ?

  ? Très gros. ? Elle sourit. ? Je t'en parle quand c'est signé. ?

  ? D'accord, bonne chance. ?

  On s'embrassa et elle partit.

  Une semaine passa.

  La manufacture continuait de tourner,l'alcool se distillait, tout allait bien.

  Mais Lise me manquait, c'était con. On était mariés depuis quatre mois maintenant, mais chaque fois qu'elle partait, c'était comme si une partie de moi partait avec elle.

  J’ai essayé de travailler pour ne pas y penser. du coup , j'ai amélioré des cuves de teinture, testé de nouvelles recettes pour l'alcool et j'ai surveillé la production de textile.

  Gregor me trouvait souvent dans la manufacture tard le soir.

  ? Monseigneur, vous devriez dormir. ?

  ? Je dors assez. ?

  ? Madame Lise vous manque. ?

  ? évidemment qu'elle me manque. ?

  Il sourit. ? Elle revient bient?t. ?

  ? Je sais. ?

  Le huitième jour, une diligence arriva. J'étais dans mon bureau quand Gregor vint me prévenir.

  ? Monseigneur, madame Lise est de retour. ?

  ? Déjà ? ?

  ? Oui. Dans la cour. ?

  Je suis sorti en courant. Sa diligence s'arrêta, et Lise descendit mais j’ai eu mal en la voyant.

  Elle avait énormément maigri. Son visage était plus anguleux, ses joues creusées et les cernes sous ses yeux étaient visibles même de loin.

  ? Lise ! ?

  Elle sourit en me voyant, mais c'était un sourire remplit de fatigue .

  ? Alaric. ?

  quand je l'ai serré dans mes bras, elle était plus légère qu'avant.

  ? Qu'est-ce qui t'est arrivé ma douce ? ?

  ? Rien. Juste... beaucoup de travail. ?

  ? Tu as perdu du poids. ?

  ? Un peu, oui. ?

  ? Un peu ?! ? Je l'ai reculé pour la regarder. ? Lise, tu es épuisée. ?

  ? ?a va. ? Elle essaya de sourire encore. ? J'ai des bonnes nouvelles. ?

  ? Les nouvelles peuvent attendre s’il te plais viens. Tu dois manger. ?

  ? Alaric... ?

  ? Non. Pas de discussion. Gregor ! ?

  Gregor s'approcha.

  ? Oui, monseigneur ? ?

  ? Prépare-nous un repas, maintenant , quelque chose de copieux. ?

  ? Tout de suite, monseigneur. ?

  Je l'ai amenée dans notre chambre.

  ? Assieds-toi. ?

  ? Je vais bien... ?

  ? Assieds-toi. ?

  Elle soupira et s'assit sur le lit.

  Je me suis assis à c?té d'elle et j’ai pris sa main.

  ? Raconte-moi. ?

  ? Quoi ? ?

  ? Pourquoi tu as perdu tant de poids. ?

  Elle détourna le regard.

  ? J'ai beaucoup travaillé. ?

  ? Combien d'heures par jour ? ?

  ? Quinze , peut-être seize. ?

  ? oooh , Lise ! ?

  ? Je sais. ?Elle ferma les yeux. ? Mais j'avais pas le choix. ?

  ? Pourquoi ? ?

  ? Mes créanciers. ? Sa voix trembla légèrement. ? Ils veulent cent couronnes par mois pendant huit mois. Si je rate un paiement, ils saisissent tout. que ce soit mes boutiques, mes stocks,Tout. ?

  Cent couronnes par mois durant Huit mois , soit Huit cents couronnes au total. C'était énorme.

  ? Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? ?

  ? C'est ma dette je ne veux pas t'embêter mes problèmes. ?

  ? ooh ma Lise, on est mariés. Tes dettes sont mes dettes. ?

  ? Non. ? Elle me regarda déterminée. ? J'ai contracté ces dettes avant de te rencontrer. C'est à moi de les rembourser. ?

  ? Mais si ?a te tue... ?

  ? ?a ne me tuera pas. ? Elle serra ma main. ? Je vais y arriver. J'ai juste besoin de... tenir encore quelques mois. ?

  Je l’ai regardé.

  Cette femme, Ma femme, têtue, fière et epuisée.

  ? Qu'est-ce que Verlaine a proposé ? ?

  Elle cligna des yeux. ? Comment tu sais que... ?

  ? Tu as dit que tu avais des bonnes nouvelles. ?a vient de Verlaine, non ? ?

  Elle sourit faiblement. ? Oui. ?

  ? Alors raconte. ?

  Elle sortit un parchemin de sa sacoche et le déplia.

  ? La Confédération d'Ost et la Guilde Textile de Havreblanc. Ils veulent mille draps par mois. ?

  Je clignai des yeux.

  ? Mille ? ?

  ? Oui. Pendant six mois. ?

  ? Mille draps par mois pendant six mois. ?

  ? Oui. ?

  ? à quel prix ? ?

  ? Une couronne et vingt sols par drap pour les draps blancs et deux couronnes pour les teints. ?

  petit calcul mental.

  pour cinq cents draps blancs et cinq cents draps teints...Cinq cents draps blanc à une couronne et vingt sols nous donne six cents couronnes. Cinq cents draps teints à deux couronnes nous donne mille couronnes. pour un total de Mille six cents couronnes par mois.

  Pendant six mois.

  Neuf mille six cents couronnes au total.

  ? Putain. ?

  ? Exactement. ? Elle sourit. ? C'est dix fois nos revenus actuels. ?

  ? Mais ?a nécessite une expansion majeure. ?

  ? Oui. On va devoir embaucher au moins cinquante tisserands supplémentaires. Il faudra aussi construire un deuxième batiment ainsi qu’acheter encore plus de métiers et de matières premières.?

  ? Combien d'investissement initial ? ?

  ? Trois cents couronnes. Peut-être quatre cents. ?

  On a l'argent. Avec nos réserves actuelles, on peut se le permettre.

  ? On le fait. ?

  Elle me regarda. ? Tu es s?r ? ?

  ? Oui. C'est l'opportunité de notre vie. On ne peut pas la laisser passer. ?

  ? Mais si on échoue... ?

  ? On n'échouera pas. ? Je serrai sa main. ? On a déjà réussi une fois, on réussira encore et on le fera ensemble . ?

  je la fis vraiment sourire cette fois.

  ? D'accord. On le fait. ?

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  ? Gregor ! ? appelait-je par la porte.

  Il apparut quelques secondes plus tard.

  ? Oui, monseigneur ? ?

  ? Changement de plan. Je vais cuisiner moi-même. ?

  Il cligna des yeux. ? Vous, monseigneur ? ?

  ? Oui. Apporte-moi du b?uf, des légumes, du pain, et ce qu'il faut pour cuisiner. ?

  ? Tout de suite, monseigneur. ?

  Lise me regarda, surprise.

  ? Tu vas cuisiner ? ?

  ?bah … Oui. ?

  ? Tu sais cuisiner ? ?

  ? Oui. ?

  ? Depuis quand un noble sait cuisiner ? ?

  ? tu sais ,on peut apprendre dans la vie hein ? Je souris. ? Fais-moi confiance. ?

  Une fois dans la cuisine, j'ai retroussé mes manches. Gregor avait apporté tout ce que j'avais demandé à savoir du b?uf, des carottes, des oignons, des navets , du pain frais et des herbes.

  Lise s'était assise sur une chaise dans un coin. Elle me regardait, curieuse.

  ? Tu es s?r que tu sais ce que tu fais ? ?

  ? Bien s?r que oui. ?

  J'ai commencé.

  d’abord on coupe le b?uf en morceaux ni trop petits, ni trop gros, on épluche les carottes qu’on découpe en rondelles. puis on émince les oignons ,ensuite il faut tailler les navets en cubes et hacher les herbes, le romarin et le thym.

  Vu que la marmite est sur le feu avec l’huile qui grésille,Je jette la viande dans la marmite et le b?uf devint doré instantanément, dégageant ce doux parfum grillé qui ouvre l'appétit.J’encha?ne avec les oignons qui passent de transparents à caramélisés légèrement et Je balance les carottes et les navets avec un coup de cuillère pour mélanger le tout. après on ajoute de l’eau , du sel , du poivre et des herbes . je ferme la marmite , la cuisson à feu doux sous deux heures de cuisson. pendant que ?a mijote , je réchauffe le pain au four pour le rendre br?lant et croustillant .

  Lise me regardait toujours, fascinée.

  ? Où est-ce que tu as appris à faire ?a ? ?

  ? J'ai lu. ?

  ? On n'apprend pas à cuisiner comme ?a juste en lisant. ?

  ? Je retiens vite ?

  ? C'est plus que de la mémoire. ? Elle se leva et s’approcha ? on dirait que tu as fait ?a toute ta vie.?

  Je souris.

  ? Disons que j'aime bien manger, alors j'ai appris. ?

  ? Les nobles ne cuisinent pas eux-mêmes. ?

  ? Je ne suis pas comme les autres nobles. ?

  ? Non. ? Elle me regarda intensément. ? En effet , tu n'es pas comme eux. ?

  Deux heures plus tard, le rago?t était prêt.

  L'odeur agréable remplissait toute la cuisine.

  ? Viens, ? dis-je à Lise.

  On s'est installés dans la salle à manger.

  J'ai servi deux assiettes. Du rago?t fumant, un pain croustillant avec un peu de fromage à c?té.

  Lise prit une bouchée.

  Ses yeux s'écarquillèrent.

  ? C'est... ?

  ? Bon ? ?

  ? C'est délicieux. ? Elle prit une autre bouchée. ? Vraiment délicieux. ?

  ? Merci. ?

  ? Non, je suis sérieuse. ? Elle mangea encore. ? Mon père cuisinait parfois pour moi quand j'étais petite. Mais il n'a jamais fait quelque chose d'aussi bon. ?

  Je souris.

  ? Je suis content que ?a te plaise. ?

  ? Non Alaric c’est plus que ?a. ? Elle mangea encore, savourant chaque bouchée. ? Personne ne m'a fait à manger comme ?a depuis... ? Sa voix trembla. ? Depuis qu'il est mort. ?

  Je posai ma main sur la sienne.

  ? Tu n'es plus seule, ma Lise. ?

  ? Je sais. ? Elle sourit à travers les larmes qui montaient. ? c'est la meilleure chose qui me soit arrivée. ?

  Elle mangea tout. Rago?t, pain, fromage. Puis je lui ai servi des fruits du style . pommes,poires et raisins qu’elle a savouré.

  ? Merci, ? dit-elle finalement.

  ? De quoi ? ?

  ? De prendre soin de moi, de me nourrir. De... m'aimer. ?

  ? C'est normal. Tu es ma femme. ?

  ? Oui. ? Elle sourit. ? Ta femme. ?

  Elle se pencha et m'embrassa tendrement.

  ? Je t'aime, ? murmura-t-elle.

  ? Moi aussi. ?

  Plus tard dans la soirée, on s'installa dans le salon.

  Feu dans la cheminée et deux verres de vin.

  Lise était assise à c?té de moi sur le canapé, sa tête sur mon épaule.

  ? Parle-moi de ton enfance, ? dis-je doucement.

  Elle me regarda, surprise. ? Pourquoi ? ?

  ? Je veux vraiment te conna?tre. la marchande , je la vois souvent et au quotidien je te découvre chaque jour mais je veux en savoir plus?

  Elle hésita puis commen?a.

  ? Mon père était marchand textile. Le dirigeant de la Maison Kramer. Trois générations de marchands. Il était fier de son nom et de son métier. ?

  ? Et ta mère ? ?

  ? Elle est morte en me donnant naissance. ? Sa voix était calme.? y’a eu des complications et la sage-femme n'a pas pu la sauver. ?

  ? Je suis désolé. ?

  ? ?a va. Je ne l'ai jamais connue. ? Elle but une gorgée de vin. ? Mon père parlait d'elle parfois. Il disait qu'elle était douce , gentille et qu'elle riait beaucoup. ?

  ? Il l'aimait. ?

  ? Oui. ? Elle sourit tristement. ? Il ne s'est jamais remarié. Il disait qu'elle était irrempla?able. ?

  ? Et toi, il t'a élevée seul. ?

  ? Oui. ? Elle regarda le feu. ? Il m'a appris le commerce dès que j'ai su compter. j’ai pu conna?tre les chiffres, les marges et les négociations. à sept ans, je tenais les comptes de la boutique. à dix ans, je négociais avec les fournisseurs. à quinze ans, je gérais les livraisons. ?

  ? Il devait être fier de toi. ?

  ? Il l'était. ? Elle sourit. ? Il disait toujours que j'étais meilleure que n'importe quel fils. Que j'avais du feu dans les yeux et du fer dans la voix. ?

  ? Il avait raison. ?

  ? Merci. ? Elle posa son verre. ? à mes dix-neuf ans, il est tombé malade , une paralysie. Il ne pouvait plus bouger le c?té droit de son corps et ne parlait plus correctement. Alors j’ai pris en charge l'entreprise. ?

  ? Dix-neuf ans. C'est jeune. ?

  ? Oui. Mais je n'avais pas le choix. ? Elle regarda le feu, perdue dans ses souvenirs. ? Les premiers mois furent difficiles et les fournisseurs ne me prenaient pas au sérieux , ils voyaient une femme et gamine en plus , Ils pensaient que j'allais échouer. ?

  ? Mais ?a n'a pas été le cas . ?

  ? Non. ? Son regard se durcit. ? Je leur ai prouvé qu'ils avaient tort. J'ai fait grandir l'entreprise. j'ai signé un contract avec Tervagne. J'ai embauché quarante ouvriers et ouvert deux nouvelles boutiques à Havreblanc. Mon père était fier, même paralysé. Je le voyais dans ses yeux. ?

  ? Et puis il est mort. ?

  ? Trois ans plus tard , paisiblement dans son sommeil. ? Elle ferma les yeux. ? J'avais vingt-deux ans , mais au moins l'entreprise marchait bien. ?

  ? Et puis Julien. ?

  Elle se raidit.

  ? Oui. Julien. ?

  Je ne dis rien.

  ? Je l'ai rencontrée à vingt-quatre ans. C'était un marchand, il avait du charme et de belles promesses. ? Sa voix était amère. ? Il disait qu'il m'aimait, qu'on construirait quelque chose ensemble et J'ai été assez stupide pour le croire. ?

  ? Tu n'étais pas stupide. ?

  ? Si. ? elle ouvrit les yeux. ? Je l'ai fait associé, je lui ai donné les finances, les comptes et cinquante pour cent de l'entreprise. Un an plus tard, il a disparu avec six cents couronnes. ?

  ? Putain. ?

  ? Oui. ? Elle serra les poings. ? J'ai d? vendre ma maison et mes stocks pour rembourser. J'ai licencié mes ouvriers , je suis restée avec rien et huit cents couronnes de dettes. ?

  ? huit cents couronnes ? ?

  ? OUI. Les créanciers aiment les intérêts. ? Sa voix tremblait de colère. ? Six cents couronne de dette et deux cents couronnes d'intérêts et pénalités. ?

  ? C'est dégueulasse. ?

  ? C'est le commerce. ? Elle but une gorgée de vin. ? Depuis, je travaille pour rembourser. ?a a pris du temps mais maintenant je suis en mesure de payer cent couronnes par mois pendant huit mois. Si je rate un paiement, ils saisiront tout. mes boutiques, mes stocks et mon nom. ?

  Je posai ma main sur la sienne.

  ? Tout va bien se passer . ?

  ? je le pense aussi .? Elle me regarda. ? maintenant, on a ce contrat avec la Confédération. Mille six cents couronnes par mois. Pendantsix mois. En trois mois, je peux rembourser toutes mes dettes et il nous restera encore de l'argent. ?

  ? On va y arriver. ?

  ? Oui. ? Elle sourit. ? On. ?

  On resta silencieux un moment , regardant le feu.

  Puis Lise parla.

  ? Et toi ? Ton enfance ? ?

  Je réfléchis.

  Qu'est-ce que je pouvais dire ?

  Je ne pouvais pas lui parler de l'Allemagne, de quand j'étais Heinz, de toute ma vraie vie en fait .

  Alors j’ai parlé d'Alaric. Ou du moins, de ce que je savais combiné à certaines choses sur moi .

  ?Mon enfance était... normale. En tant que fils de noble ,j’ai eu une éducation classique entre mes lectures et les études. ?

  ? Tu étais bon élève ? ?

  ? Oui. J'aimais lire et apprendre. j'étais surtout passionné par les livres de sciences et de philosophie. ?

  ? ?a se voit. ? Elle sourit. ? Tu sais tellement de choses. Des choses que même les érudits ne savent pas. ?

  ? J'ai une bonne mémoire. ?

  ? C'est plus que ?a. ? Elle me regarda intensément. ? Tu ne parles pas comme les nobles, tu ne penses pas comme eux et tu ne vois pas le monde comme eux. ?

  ? C'est mal ? ?

  ? Non. C'est fascinant. ? Elle se rapprocha. ? Parfois, j'ai l'impression que tu viens d'un autre monde et que tu sais des choses que personne ici ne devrait savoir. ?

  Mon c?ur s'arrêta une seconde.

  ? Pourquoi tu dis ?a ? ?

  ? Tu parles de choses impossibles comme si elles étaient évidentes. Tu inventes des machines que personne n'a jamais vues et tu regardes le monde comme si tu le comprenais d'une fa?on que nous ne comprenons pas. Comme si tu avais déjà tout vu.?

  Je déglutis.

  ? Je lis beaucoup , c’est tout. ?

  ? Peut-être. ? Elle sourit. ? Ou peut-être que tu es un génie. un savant venu d'une époque ancienne.?

  Si elle savait.

  ? Je ne suis pas un génie. ?

  ? Laisse-moi avoir mes illusions. ? Elle rit doucement. ? Mon mari le génie. ?a sonne bien. ?

  On rit ensemble.

  Mais dans ma tête, je me dis.

  Si proche de la vérité,et pourtant si loin.

  Lise s'endormit sur le canapé.

  Sa tête tomba sur mon épaule. Je l'ai regardée dormir avec son visage enfin paisible . Elle était belle, même dans la fatigue. Ma charmante femme.

  Je l'ai prise doucement dans mes bras. Elle ne se réveilla pas, elle murmurait quelque chose d'incompréhensible.

  Je l’ai porté jusqu'à notre chambre et je l’ai bordé dans le lit.

  Elle murmura encore quelque chose dans son sommeil.

  ?a ressemblait à mon nom.

  J’ai souris.

  j'ai embrassé son front.

  ? Dors bien, ? murmurai-je.

  Je suis retourné dans mon bureau et j’ai sorti du papier, une plume et de l'encre pour commencer à planifier.

  Contrat Confédération d'Ost :

  1000 draps/mois pendant 6 mois

  500 draps blancs à 1,20 couronne = 600 couronnes/mois

  500 draps teints à 2 couronnes = 1000 couronnes/mois

  Total : 1600 couronnes/mois

  Total sur 6 mois : 9600 couronnes

  Production actuelle :

  25 tisserands

  15 métiers à tisser

  Production : 200 draps blancs + 100 draps teints = 300 draps/mois

  écart :

  Besoin : 1000 draps/mois

  Actuel : 300 draps/mois

  Manque : 700 draps/mois

  Calcul des besoins :

  Si 25 tisserands produisent 300 draps/mois, alors :

  1 tisserand = 12 draps/mois

  Pour 700 draps supplémentaires = 58 tisserands

  Arrondi à 60 tisserands supplémentaires.

  Total : 85 tisserands.

  Métiers à tisser :

  Actuellement : 15 métiers pour 25 tisserands = 1,67 tisserand par métier (rotation).

  Pour 85 tisserands : 85 / 1,67 = 51 métiers.

  Actuellement : 15 métiers.

  Manque : 36 métiers.

  Espace :

  Manufacture actuelle : 40m x 15m = 600 m2.

  Pour 15 métiers.

  Pour 51 métiers : 51 / 15 = 3,4 fois plus d'espace.

  3,4 x 600 m2 = 2040 m2.

  Manufacture actuelle = 600 m2.

  Besoin total = 2040 m2.

  Nouveau batiment nécessaire = 1440 m2.

  Arrondi à 1500 m2 = 50m x 30m x 2 étages.

  Co?ts estimés :

  Nouveau batiment (50m x 30m x 2 étages) :

  Matériaux : 120 couronnes

  Main d'?uvre : 80 couronnes

  Total : 200 couronnes

  Métiers à tisser (36 nouveaux) :

  5 couronnes par métier

  Total : 180 couronnes

  Formation de 60 tisserands :

  Salaires pendant formation (1 mois) : 2 couronnes/semaine x 4 semaines x 60 = 480 couronnes

  Matières premières (stock initial pour 2 mois) :

  Lin, fil, teintures : 100 couronnes

  Total investissement : 200 + 180 + 480 + 100 = 960 couronnes

  Merde. C'était plus que prévu.

  Je refis les calculs et non. C'était correct.

  960 couronnes.

  On avait combien en réserve ?

  Manufacture textile actuelle : 220 couronnes/mois x 4 mois depuis expansion = 880 couronnes.

  Alcool : 800 couronnes/mois x 4 mois = 3200 couronnes.

  Total généré sur 4 mois = 4080 couronnes.

  Dépenses courantes (salaires, matières, entretien) = environ 600 couronnes/mois x 4 = 2400 couronnes.

  Réserves actuelles = 4080 - 2400 = 1680 couronnes.

  On avait l'argent.

  1680 couronnes de réserves.

  Investissement nécessaire : 960 couronnes.

  Reste : 720 couronnes.

  C'était serré mais faisable.

  J’ai tout noté. les calculs, les plans et les estimations.

  Planning :

  Mois 1 :

  Construction du nouveau batiment (6 semaines)

  Fabrication des métiers (parallèle, 6 semaines)

  Embauche et formation des tisserands (4 semaines)

  Mois 2 :

  Fin de construction

  Installation des métiers

  Début de production

  Mois 3-8 :

  Production à plein régime

  1000 draps/mois

  1600 couronnes/mois de revenus

  Six mois de contrat.

  9600 couronnes de revenus totaux.

  Moins les co?ts d'exploitation (salaires, matières) : environ 800 couronnes/mois x 6 = 4800 couronnes.

  Profit net : 9600 - 4800 = 4800 couronnes.

  Moins l'investissement initial : 4800 - 960 = 3840 couronnes de profit pur.

  En six mois.

  3840 couronnes.

  De quoi rembourser les dettes de Lise (800 couronnes).

  Et il resterait 3040 couronnes.

  Plus les revenus de l'alcool (800 couronnes/mois x 6 = 4800 couronnes supplémentaires).

  pour un total après six mois de 3040 + 4800 = 7840 couronnes.

  Sept mille huit cent quarante couronnes. On serait riches, vraiment riches.

  J’ai posé ma plume pour regarder mes calculs.

  C'était ambitieux , très ambitieux.

  Mais c'était possible.

  Si on travaillait dur et qu’on ne faisait pas d'erreurs.

  On pouvait le faire.

  J’ai replié les papiers pour les ranger dans un tiroir fermé à clé.

  Je suis retourné dans le salon me servir un autre verre de vin.

  Réfléchis..

  Mille draps par mois,pendant six mois c'était énorme mais faisable.

  Avec cinquante tisserands supplémentaires, un deuxième batiment et une organisation optimisée, on pouvait le faire.

  Et ?a changerait tout.

  Mille six cents couronnes par mois, pendant six mois pour neuf mille six cents couronnes au total.

  Après ?a, Lise pourrait rembourser ses dettes complètement et on serait vraiment riches.

  Je bus mon vin en pensant à Lise, son enfance, son père et Julien.

  Elle avait souffert,mais elle était forte, plus forte que n'importe qui que je connaissais. et maintenant, elle était à moi et j'étais à elle. on allait construire quelque chose ensemble.

  Un énorme empire.

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